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Mise au point

Lumière sur le problème central de nos sociétés humaines
Mise au point
Photo by Thomas Oxford / Unsplash

Vous me connaissez, je suis quelqu'un de raisonnable. Je m’accommode de peu de choses, fais mon lit (quand j'ai un lit) tous les matins et débarrasse la table (quand j'ai une table) depuis petit. J'essaye, tant bien que mal, et comme beaucoup d'entre nous, de faire mon bout de chemin dans ce monde parfois inhospitalier. Je peux dire, tout bonnement, que je suis quelqu'un de simple, et je m'en réjouis.

Mais la simplicité n'est pas l'apathie et je veux dire aujourd'hui qu'il y a quelque chose qui cloche dans nos sociétés, quelque chose de profond, aussi dangereux qu’insensé.

Il m'a fallu trois années pour mettre les mots sur ce que, au fond de moi, j'ai toujours senti. Trois années formatrices que je veux mettre à profit pour alerter mon lectorat et faire bouger les lignes.

J'entends déjà que certains disent : « Mais y a plus d'une chose qui cloche, eh, rigolo ! La pauvreté, la casse sociale, le pillage des richesses par quelques héritiers, le réchauffement global de la planète, le fascisme qui croit sur le terreau du mensonge ; l'isolement et la fracture mentale qu'engendre notre modèle économique ; la surconsommation, le tout-utilitarisme, etc., etc., etc. » Certes. Les choses ont été plus joyeuses (surtout dans toutes les époques avant la nôtre où les artistes peignaient des gens heureux, souvent près d'une rivière ou d'un lac, vierge de toute contamination aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées).

Le lac dans le bois de Boulogne, vers 1899 (The Lake in the Bois de Boulogne, c. 1899), Henri-Edmond Cross

Mais toutes ces choses ne sont que des nuances, dérivées inconséquentes et mineures du mal qui nous ronge et de l'effondrement qui nous guette. Nous ne jouirons que de malheur, d'infortune de cœur et d'étroitesse de pensées si les racines de ce mal ne sont pas mises à nu promptement. Alors je m’égosille, m'époumone pour faire jaillir, enfin, la révolte qui bout et me brûle depuis trop longtemps. Mes bons lecteurs et lectrices, je crie :

STOP AU FENOUIL !

Trop longtemps je me suis tu, trop longtemps j'ai consenti. J'ai même parfois, au grand fou que j’étais, pu admirer ces êtres, inconscients, peut-être démoniaques, qui prétendaient aimer ça. Comment peuvent-ils aimer l'enfer en bulbe difforme ? Comment peuvent-ils encore tenir debout quand un bout, même microscopique, a fait son immonde chemin jusqu’à leur palais ? La simple évocation de cette image m'est insupportable, comme l'est tout autant l'écriture de cette chronique, que je poursuis néanmoins, avec gants et masque FFP2, dans un but d’utilité publique.

Pour le bien de tous et pour en finir avec cette anomalie de l’évolution qui a trouvé, grand dieu par quelle fatalité, sa place jusque dans l'assiette de quelques nihilistes, je me dévoue et vais tenter de vous démontrer, en quelques paragraphes et sans grand effort, la dangerosité de cette "dent du diable".

Commençons par le plus évident : le mot lui-même. Fenouil. Fenouil. Allez-y, prononcez-le. Encore. Allez. Je sais, c'est dur, mais il faut que ça sorte pour que plus jamais nous n'ayons à le dire de nouveau. Plus fort ! Ça ne veut rien dire, hein ? Et pis c'est moche et dur à prononcer. Tellement dur qu'à la première syllabe, vous avez postillonné toute votre eau sur le trottoir et l'ambulance a du intervenir pour vous mettre trois litres d’Évian en urgence dans le gosier.

Si le mot est si vilain, c'est aux origines de sa création qu'il faut remonter pour y comprendre quelque chose.

Quand l’humanité, candide et guillerette, était heureuse au bord des lacs et des rivières, personne ne savait ce qu’était le fenouil. On jouait, on riait, et o. mangeait des framboises, qui elles, sont des vraies choses. Tout bascula en 1987 quand un élève de la Big Huge Texas School se mit en tête de créer, de toute pièce, la reproduction du corps du diable sur Terre. Inspiré par le dessin animé rustre et bête South Park et la société décadente dans laquelle il avait grandi, il invoqua, un soir de pleine lune de la mi-décembre, le démon via MySpace.

Plusieurs semaines passèrent sans que rien ne se passe, puis un jour, alors qu'il revenait de l'école, il trouva sur sa table un bulbe si immonde, si malodorant et si monstrueux que son cœur s’arrêta net. Comme il n’était pas, comme cette anecdote nous le prouve, très malin, ses amis l'avaient surnommé « la nouille » et, pour parler de lui avec respect après sa mort, se mirent à se référer à lui et à son tendre et stupide souvenir en l'appelant « feu nouille ». Depuis le Texas, le diable invoqué, ayant enfin trouvé la forme parfaite pour semer la discorde, se mit à se répandre dans tous les recoins du monde, troublant, par la même occasion, les flâneries au creux des bois et les pique-niques au bord des lacs.

lol

Cette origine est néanmoins contestée par plusieurs historiens, dont Michel Padakor, pour qui le fenouil vient non pas des États-Unis (qu'il assimile tout de même, avec la Russie, au « centre universel des anomalies »), mais de Chine. Le fenouil, selon lui, aurait ensuite été importé par les membres du gang des Green de Los Angeles, moins connus que leurs homologues les Blood et les Crips.

À l’époque, les Green, commandés par George Green, lui-même fils de Peter Green, lui-même fils de Martin Green, fameux inventeur de la pince à épiler pour aveugles, voulurent trouver un moyen de se démarquer de leurs concurrents. Quand l'un des membres proposa d'importer du fenouil de Chine (où il servait à remplacer le charbon), il avait en tête une idée qui allait révolutionner le monde du crime organisé.

À l'époque, beaucoup de membres de gang se faisaient arrêter et mettre en prison pour avoir fait ces signes que la police considérait comme une MOH (manifestation ostentatoire d'hostilité). Avec le fenouil, qui possédait plusieurs doigts, tous les signes étaient possibles et aucun policier, même zélé, ne pouvait relier le détenteur du fenouil aux gestes exécutés. La popularité du fenouil grandit, et avec elle la fameuse phrase : « it's not me it's the fenouil », qui devint culte dans les rues de LA.

Au QG des Green, Los Angeles, 1991 Image d'archive (courtoisie du musée du fenouil d'Angers)

Maintenant que nous avons évoqué l'origine historique du bulbe, aventurons-nous sur la voie du fact-checking pour annoncer une vérité, malheureusement trop peu connue, qui servira, dès aujourd'hui, je l'espère, à dissuader toute personne en possession active ou passive d'un ou de plusieurs fenouils de s'en procurer de nouveau. Cette vérité tient en une phrase courte :

Le fenouil n'est pas comestible.

Mythe au moins aussi solidement ancré que « François Hollande est de gauche » ou « si tu sautes du 5e étage en faisant une bombe, tu rebondis », sa persistance ne tient pas face à la simple observation de ses caractéristiques extérieures.

D'abord sa forme. Un bulbe de la taille d'une citrouille, quatorze branches arborescentes qui se disputent l'espace et des poils type « barbe de Grinch » ? Tous ces indices ne laissent aucun doute : le fenouil n'est pas fait pour tenir dans une assiette. Au mieux, il pourrait servir, mesdames, à effrayer un insistant, voire à l'assommer (le fenouil ayant historiquement servi de projectile contre les chars nazis durant l'invasion de la Pologne, il peut encore s’avérer utile dans ce domaine).

Ensuite son odeur. Comment un légume, qui est censé être sain et nous apporter harmonie et paix intestinales, peut-il sentir aussi fort que l'alcool le plus connu de toute la Côte d'Azur ? Vous êtes-vous déjà posé la question ? Eh bien, c'est très simple : le diable étant fait des vices qu'il sème, l'odeur du pastis n'est qu'un de ses nombreux parfums.

Enfin sa texture. Je me suis aventuré, pour les besoins de cet article, dans une épicerie bio de quartier où j'ai fait l'acquisition d'un bulbe fenouillique de taille absurde. Je l'ai ensuite confié à un ami médecin qui, malgré de nombreux efforts, des manuels trilingues et l'usage d'une panoplie complète de bloc opératoire, n'a pas réussi à disséquer le moindre bout du bulbe. Si, contrairement à lui, vous avez pu couper du fenouil, sachez que cet article ne pourra sans doute plus rien pour vous. Veuillez vous diriger vers la préfecture la plus proche pour rendre votre passeport et votre carte d’électeur. Un bus vous conduira vers une grotte isolée où vous pourrez réfléchir à l'enfant heureux que vous étiez et à l'adulte perdu que vous êtes devenu.

J'ose espérer, mes chers amis, que la lecture de cette article, même en diagonal, aura éveillée en vous l’évidence de la révolte, essentielle pour affronter ce mal inique et retrouver la sérénité qu'il nous a si injustement retiré. Ne cédons plus rien, comme dirait l'autre, et chez vous, pour vous et vos proches, dites STOP, une bonne fois pour toute, au fenouil (dites stop, vraiment, où le monde va partir en queue de fenouil).

Vive la vie et l'amour qui ruisselle <3

JEAN JEAN IS BACK